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18.6.08

Inconforts de groupe, avant-propos

<<...L’intertexte est plein d’inconnus. Tous les mystères sont là. Je sais qu’il y a des clefs, je sais que c’est un préalable de les posséder. Ceux qui en sont démunis doivent se démerder. Ils sont toujours un peu infirmes… Ce sont eux qui ont les yeux fous dans les situations sociales. Souvent, vaincus, ils abaissent le regard en signe de reddition, et fixent un plancher qui ne leur raconte rien.

Ces clés, je ne sais pas si ce sont des apprentissages. En tout cas, ils n’impliquent pas un langage parlé, ou écrit, ou du moins pas comme moyen direct de légation. Ce sont des inférences que les êtres font à partir des effets de leurs gestes sur les autres; avec le reflet-miroir de ces gestes, effets et inférences effectué par tous les pairs, se forment des us et coutumes, des acquis secrets, allant de soi, indéchiffrables parce que sans le chiffre de quiconque, indécodable même si c’est, à proprement parler, un code. Mais ce code ne peut justement être proprement parlé; il ne se trouve consigné nulle part, que dans l’assentiment sourd de tous les participants.

De plus, ces lois, qui régissent la plupart des comportements sociaux et même solitaires, en plus d’être intangibles sont vagues, molles, changeantes, amorphes.

Ce ne sont pas tant ces lois qui sont intéressantes, tant elles sont imprécises et généralement anodines (tant qu’elles ne se solidifient pas en traditions) que le mécanisme, lui ultra-précis, de l’acquisition de ces lois. Il est inouï de constater ce processus, qui se déroule en l’espace de quelques instants seulement, avec une acuité extraordinaire, qui fait douter que ce ne soit qu’un simple comportement d’imitation qui soit en jeu. Ils semblent que les protagonistes, dans la situation A ou émerge un comportement B, perçoivent sensiblement en quoi consiste ledit comportement B, sans qu’il ne soit besoin d’explicitation aucune. Ce qui est encore plus sensationnel, c’est que malgré la grande précision avec laquelle se fait ce calibrage de chaque individu lors de l’émergence d’un comportement de groupe, c’est que ce calibrage n’est pas consciemment vécu par l’individu, à moins que ce dernier éprouve justement des difficultés dans les interactions sociales.

C’est la plus ou moins grande précision de cette calibration, dicté par un instinct sans doute fait d’inférences longtemps justes et non contredites, qui fait le succès social. L’individu doué sait s’adapter à n’importe quel groupe, à moins d’un trop grand écart culturel ou contextuel. Même étant donné un tel écart, il saura ne pas se faire hostile, bref, ne pas commettre de gaffes.

C’est un des phénomènes sociaux de ma connaissance qui me semble le plus fascinant. La calibration éternelle des uns aux autres, passant dans une communication sans langage lui étant spécifiquement dédié.>>

-Professeur Poulpe dans Discours égarés aux gens indifférents

31.1.08

Polystyrène

Il y a des gens qui ne communiquent que par bulles molles.

Rassemblées toutes ensembles, ces bulles permettent la formation d’un composé parfaitement adaptable à toutes les situations.

C’est un écrin parfait pour protéger de tout heurts ce joyau éphémère, mais ô combien correspondant.

La correspondance! De prime importance! Polystyrène Expansé! Donc, aucun danger de choc. Le polystyrène est imperméable.

Ainsi, ce qui devrait être contenu devient contenant, mettant en valeur l’adorable esthétique de cet expectorateur de lymphe gazeuse.

En cette ère d’indifférenciation, ces imposteurs ont beau jeu; Ils déblatèrent coquettement, au petit bonheur des jeux de miroir. Ils se déploient; ils sont si légers, si mignons! Une sornette n’attend pas l’autre; comme un léger carillon qui les pare d’autant plus.

Jeunes femmes, voyez le modèle qui s’offre à vous. Enfant muni de l’âge légal pour se faire embrocher, elle bat des cils et le monde se met à ses pieds. Être polymère, profondément incapable et comblée.

3.1.08

Têtes Parlantes

Don’t you worry bout me, mais ils ont augmenté le facteur G dans mon scaphandre, je dois être dans le 1.2 … L’alcool tape plus fort qu’usuellement. Mon foie élimine mal. Mon rapport à l’alcool s’est modifié. On dirait que les conséquences des excès se font enfin traitées cognitivement.

Mon rapport aux gens se modifie aussi.

C’est peut-être à force de ruminer le Voyage, d’avoir enfin assimilé la grande puérilité des paroles… D’avoir fait passer cette idée du stade des manipulations conceptuelles à celui de comportement appliqué…

Dans certaines situations, je sais que toute conversation sera un échec. La communication est trop empêtrée de biais préalables pour s’effectuer. Je n’essaie plus de dire. Je me tais. Il se fait une petite épaisseur d’un silence relatif autour de moi. Leurs mots y rebondissent, font quelques ricochets, finissent par s’y enfoncer, en faisant des bulles molles… Des réponses ténues, minimales se fraient un chemin à travers mon mutisme vers eux.

Ça te tue une conversation…

Le dépouillement de mes répliques pourrait sembler être de la coquetterie intrigante ou du snobisme hautain.

Mon laconisme ne provient en fait que d’un certain désenchantement triste.

Ma voix s’étouffe sous l’empilement des menus impairs verbaux de jadis.

Je réserve mes mots, sans doute. Comme s’ils avaient acquis de la valeur malgré l’abus que j’en ai fait.

Enfin, ça a donné des résultats intéressants au réveillon de cette année.

J’ai eu le loisir d’observer les gens et, tout particulièrement, de vérifier quelques aphorismes :

- Pour un spectacle il faut des spectateurs;

- Vieillesse n’est pas sagesse;

- Les madriers dans nos yeux ne nous empêchent pas de voir la paille dans ceux des autres;

- Il est possible d’atteindre une masse critique de cris si l’on réunit suffisamment de parenté et d’alcool;

- Les voies de l’agoraphobie sont impénétrables.