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22.12.08

Non Sequitur

Un jour de poudrerie. Le vent emporte le paysage, resculpte le sol à sa fantaisie. Nous ne savons si le temps est beau, maussade, tempétueux, serein. Ce sont des particules de glaces, ignorantes de leur destin, qui se précipitent toutefois, folles, effrénées.
Dans le monde nominal, il est dit que rien n’est certain. Pourquoi être convaincu par la plus simple explication, alors?
Dans le monde humain, il est dit que tout est normal, dès que nommé. Pourquoi la croyance est-elle si solide, alors?
Nos vérités sont incertaines, changeantes, comme ce souffle qui donne son coup de poing dans la limaille blanche. Donc. Fourmis que nous sommes.
(Trop jeune pour citer les cantiques…)
Je mets des matelas entre moi et l’autre. Les corps me pressent, les bruits me pénètrent, rien n’atteint mon paysage de limaille, ma perspective de fourmi qui contemple les conséquences de ce si vieux coup de poing.
Plusieurs façon de singulariser : par un génitif, à l’aide de la préposition inter plus l'accusatif, à l’aide de la préposition e ou ex plus l’ablatif.
Rosa gentis solissima est.
Rosa inter gentes solissima est.
Rosa e gentibus solissima est.

C’est être un semblant de Cassandre, mais de l’altérité. Cassandre dans un roman de Kafka. En moins panaché… Quelque chose comme ça.
Être invitée par son agresseur comme porte-parole à son événement bénéfice pour les enfants abusés.
Beaucoup de ouates entre les idées. La méfiance comme aiguillon. Des ressentiments qui s’enflamment comme mon coeur d’amadou, si doux, vive la Canadienne et son petit cœur d’amadou, si doux.
Tout ce qui se comble dans les trous. Des ellipses parfaites comme Faulkner. Le Bruit et la Fureur.

11.2.08

Le Courage

Petit essai se voulant sans prétention. Version avec les fautes.

Parmi toutes les paraboles magnifiques que contient un de mes livres fétiches (vous l’aurez deviné, Voyage au Bout de la Nuit de Monsieur Céline) il en est une qui me semble particulièrement juste et appropriée à l’entretien d’aujourd’hui.

C’est celle de L’Amiral-Bragueton, où Bardamu harangue le capitaine Frémizon afin d’échapper à un imminent lynchage. Rappelons que nos protagonistes sont en route vers l’Afrique coloniale et que la fureur collective que suscite le héro est à son comble. Cette haine généralisée semble n’être excitée que par l’écart grandissant présent entre lui et le reste des passagers, écart difficilement explicable sauf par la nature particulière de Bardamu.

Pour vous mettre en train, je vous cite deux petits aphorismes du narrateur:

« Toute possibilité de lâcheté devient une magnifique espérance à qui s’y connaît. C’est mon avis. Il ne faut jamais se montrer difficile sur le moyen de se sauver de l’étripade, ni perdre son temps non plus à rechercher les raisons d’une persécution dont on est l’objet. Y échapper suffit au sage. »[1]

« Graduellement, pendant que durait cette épreuve d’humiliation, je sentais mon amour-propre déjà prêt de me quitter, s’estomper encore davantage et puis me lâcher, m’abandonner tout à fait, pour ainsi dire officiellement. On a beau dire, c’est un moment bien agréable. Depuis cet incident, je suis devenu pour toujours infiniment libre et léger, moralement s’entend. C’est peut-être de la peur qu’on a le plus souvent besoin pour se tirer d’affaire dans la vie. Je n’ai jamais voulu quant à moi d’autres armes depuis ce jour, ou d’autres vertus. »[2]

Amis-lecteurs, je crois peu au courage. Du moins, je crois médiocrement à la vertu de ce à quoi on fait usuellement référence en parlant de courage.

Le mot courage a comme racine cœur, siège de la noblesse et de la force morale (vx) [3]; cette ardeur dans une entreprise [4] et cette fermeté devant le danger [5] seraient inextricablement liées avec la morale.

C’est avec un certain dépit que nous voyons étiquetés de « courageux » des agissements iniques et dépourvus de mérite, comme nous le démontrerons plus bas.

La parabole célinienne illustre fort bien à quel point les dynamiques sociales déterminent ces concepts.

L’humain a tendance à agir en groupe. Il glorifie tout ce qui a trait à cette grégarité et, inversement, flétrit tout ce qui contrevient à ladite grégarité.

Seul l’intérêt du groupe compte. Ainsi, un acte qui supprime un désagrément subit par le groupe est considéré comme bénéfique.

Ces mécaniques ne sont jamais agies de façon consciente; on invoque toujours un prétexte faisant référence à la Morale Supérieure, car il faut supprimer le Doute quant au bien-fondé de l’action. Cette morale n’est cependant pas ce qui les guide en ce cas.

C’est ainsi que l’on en vient à qualifier des actes barbares de courageux ainsi que des actes justes de lâches. Ici, Frémizon était Courageux alors qu’il n’y avait pas de danger pour lui et que son ardeur dans l’entreprise était pratiquement inexistante. Bardamu était Lâche, malgré cette même ardeur dans l’entreprise et sa fermeté devant le danger.

Vous me suivez? Peu importe que vous vous conduisiez dignement/noblement/courageusement ou à l’inverse ignoblement/bassement/lâchement. Si vous allez à l’encontre du groupe vous serez un lâche.

Si je vous expose si longuement mon point, c’est pour vous parler de l’histoire de N. S. ainsi que du traitement qui lui fut réservé sur ce forum . Pour avoir contrevenu aux règles du groupe (spam d’amplitude moyenne et vantardise mal placée) on l’a tout bonnement traîné dans la boue, en révélant son nom, son adresse et ses antécédents judiciaires, dans un carnage de haine allant toujours grandissant (47pages et plus. J’en ai lu 20). Cette histoire a généré un trafic monstre sur le site alors qu’elle se répandait sur l’internet, et il y a même des utilisateurs qui se sont enregistrés pour participer à la mise à mort. Tout le monde s’instiguait son tribunal de conscience. Tous y sont allés de leur petit mot d’esprit assassin, même si certaines remarques trahissaient un manque d’intelligence sans doute supérieur à celui que l’on reprochait au supplicié.

Ce qui m’a frappée, c’est non seulement le degré d’indécence jusqu’auquel est allé le groupe ainsi que son acharnement à pourfendre N.S., mais aussi l’encensement que récolta le premier jeteur de pierre.

Courrait-il un danger? Aucun, il avait toute la communauté derrière lui. A-t-il eu à user de beaucoup d’ardeur dans son entreprise? Non plus.

Pourtant, on le traite comme s’il avait démontré du courage.

Et N.S.?C’est le pire des lâches. Bien entendu.

***



[1] (VabdlN, p. 120)

[2] (VabdlN, p. 121)

[3] Le Petit Robert, version électronique

[4] Idem

[5] Ibidem!