Aujourd'hui, en redescendant du huitième étage du pavillon Lionel-Groulx après une tentative infructueuse de récupération de travail, ma botte s'est prise dans la rainure d'une marche et j'ai déboulé tout le pallier. Rectifions: la semelle, fort rigide, n'a pas plié comme mon cortex moteurle prévoyait; s'ensuit une compromission de mon équilibre, entraînant une chute douloureuse, (et humiliante) des huits marches de ladite section d'escalier. Ayant émis un cri, deux jeunes hommes se sont enquis de mon état. Je les ai rassurés et congédiés assez brièvement, parce que je ne voulais pas qu'ils constatent trop longuement les larmes qui affluaient à mes yeux.
À la deuxième tentative, j'ai pu récupérer le travail convoité, pour me rendre compte de sa note, fort médiocre à mon avis.
Pour moi, B, c'est médiocre.
Parce que j'ai, lorsque j'y ai investi le travail, toujours eu des A.
Sauf en Dessin Animé, le premier vrai échec, qui a marqué le début de ma désintégration.
Les bons résultats, ont, pour moi, toujours été lié à une certaine conception que je me fais de moi. Je suis sensée, de façon immanente, intrinsèque, pérenne, être bonne à l'école sans effort. Être la fille intelligente. Celle qui assimile. Que les professeurs aiment.
Quelque chose s'est passé qui a brisé ce mythe ainsi que sa réalisation.
Évidemment, le manque de travail y est pour beaucoup. Mais il y a aussi le manque de motivation et la grande baisse de tolérance face à l'attitude d'obéissance qui est exigée de moi. Ces deux notions sont étroitement liées: c'est qu'il y a une contradiction inhérente pour moi entre la motivation et le résultat obtenu.
C'est-à-dire que je ne peux me motiver que quand je m'approprie le savoir qu'on m'impartit, lorsque je le fais miens, que j'en fait jouer les rouages vers de nouveaux horizons intellectuels, sur une échelle aussi petite que ce soit..
Or les professeurs, du moins à mon Université, ne semblent pas intéressés à cette appropriation du savoir que je pourrais faire: ils sont intéressés à mon obéissance à leur attentes et injonctions.
Ai-je suivi les consignes? Ai-je répondu à leur question? Ai-je retenu ce qu'ils jugent bon de retenir?
Étant donné la primauté, pour moi, d'assimiler le savoir d'une façon dynamique, et aussi que ce dynamisme soit permis, voir encouragé, cette servilité qu'on exige de moi me décourage donc de plus en plus.
Car, je l'avoue, j'ai besoin de la reconnaissance de cette singularité potentielle dans ma vision des choses.
En entrant à l'Université de Montréal, j'ai eu la naïveté de croire que j'y trouverais une communauté d'esprit. Que j'y rencontrerais des Maîtres érudits, confits de savoir, le départissant à des disciples enthousiastes et pétillants de créativité, sans componction et avec magnanimité. Je croyais trouver des gens qui m'aideraient à m'aiguiller dans la bonne direction par rapport aux questions qui m'habitent.
Par exemple: Comment fonctionne le langage dans la communication? Comment déplier ses mécanismes sociaux? Comment modaliser tout ce qui ne passe pas dans la langue? Comment le sujet se pense et se construit-il dans la langue? Quel rapports les textes et la langue entretiennent-ils entre eux et avec le monde?
Et si les textes qu'on m'a donné à lire et les recherches que j'ai eu à faire m'ont apporté nombre de réflexion (je pense rapidement à Gryce, Bourdieu, Kerbrat-Orrechioni, aux théories pragmatiques, à des textes théoriques sur la représentation, aux Confessions de JJR, à combien d'autres!), et si certains de mes Maîtres m'ont ravis par leur intelligence, leur facondes et leurs connaissances, je suis restée dans l'attente, insatisfaite et triste, d'une communauté qui me semblerait préoccupée de ses questions et prête à m'accueillir.
Ce qui me pousse donc à considérer mon passage à l'université, jusqu'à présent, comme un échec. Après plus de trois années entre les murs bruns d'une des Academia francophones soit-disant les plus réputées au monde, force m'est de constater que je suis presque dégoûtée du travail intellectuel, de la réflexion, des problématiques littéraires, de la théorie, de l'apprentissage, des relations maîtres/disciples, et même, presque, de l'écriture et de la lecture, ce qui est pour moi tragique.
Évidemment, j'ai perdu en chemin, pour toutes sortes de raisons qui seraient longues à déplier ici, un certain ethos de travail qui me donnait ces résultats.
Il va falloir travailler plus fort.
9.12.10
Des pies et des confitures
- Madame Poulpe - 15:03
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26.11.08
Novembre 2
Depuis qu’il enseigne, on ne le voit plus qu’avec des vestons. Avant, il se contentait de la formule chemise-cravate. L’acquisition du veston a dû venir avec l’atteinte de ce nouveau palier.
Il me semble toujours merveilleux de voir de quoi est faite la satisfaction dans la vie des autres. Après tout, pourquoi pas?
Le mépris dans les regards qu’il me réserve, œillades qui semblent toujours me trouver par hasard, ne m’empêche pas de savoir de quoi il est fait.
- Madame Poulpe - 14:04
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30.10.08
De l'art de la conversation
Je consulte de temps en temps un webmazine qui se veut principalement dédié aux hommes, tout particulièrement les urbanites cossus d’âge moyen. En ce webmazine écrivent certaines chroniqueuses, dont la quête ultime est de révéler les mystères angoissants de la nature féminine à ces confus Sigisbées. En effet, la Femme, entité ubique subdivisée en de multiples sous-organismes, (qui auraient tort de se considérer comme des individus à part entière) pose cette énigme essentielle, ontologique même : Que veut-elle?
Je me ravise; peu nous importe ce que femme veut. La seule question admissible est la suivante : Que veulent les Femmes de la part des hommes?
Allons! Cette question suppose encore non seulement trop de spécificité selon chaque sous-organismes, mais encore l’idée, farfelue certes, de volontés immanentes qu’auraient les femmes. Voyons! Après le féminisme, fléau innommable dont les ravages le sont autant*, il ferait beau jeu de supposer pareilles sottises. Les femmes, et c’est connu, obéissent à ces mécanismes secrets que nos vaillantes chroniqueuses tentent d’exposer aux yeux ravis des galants malchanceux. Ces mécanismes sont dictés en toutes choses par les impératifs du Féminin, l’Éternel du nom.
Voici donc la vraie question : Comment obtenir les femmes en contentant l’Éternel Féminin?
C’est ce dont la plus brave de nos Écuyère, bravant les foudres divines en dérobant ce fruit de la connaissance gnostique, disserte en ces pages.
Moi, être dénaturé et indigne d’appartenir au Sexe, ne saurait vous dire si cette éminente Dispensatrice de Vérité est entrain d’atteindre à la Source du Féminin.
Mais justement, en tant qu’être dénaturé, je ne conçois pas que de pareilles stratégies puissent fonctionner.
En me départant quelque peu des humeurs fielleuses que me donnent les Divagations sur la Femme, j’ai réalisé qu’en fait, ce type de chronique est symptomatique d’une grande carence de la société moderne, quelque chose dont la perte est à déplorer et dont nous sommes en droit d’être nostalgique;
La Déchéance de l’Art de la Conversation.
(Terrible! C’est terrible.)**
Je paraphrase ici le webmazine susmentionné : « Votre entrée en matière devrait toujours, toujours être à propos d’elle parce que, convenons-en, les femmes aiment discourir à propos d’elles-même »
Clairement. L’Éternel Féminin exige des idolâtries; ne craignez rien, mes preux! Puisque toutes les femmes se font dicter leurs conversations par leur Surentité Supérieure, les réponses données seront toujours insensiblement les mêmes. Vous voyez! Tout simple. Quelques trucs passe-partout et hop! On est en affaire. Nul doute qu’ainsi vous trouverez cette compagne auprès de laquelle votre cœur soupire, cette intime confidente modelée comme pour vous convenir, cette âme vous épousant, vous complétant, vous transfigurant! Ah! Tout ça grâce à un coup d’œil savamment dosé et quelques sésames tout-aller! J’ai peine à y croire.
Ok, je pense que j’ai épuisé ma réserve de fiel.
Sérieusement, là.
Le jeu subtil et délectable de la séduction est, dans un climat social où il nous en coûte trop d'individualiser notre comportement, réduit à une série d’instructions comme pour une recette de dîner Kraft; c’est fade, c’est bête, c’est tout préparé d’avance et ça goûte les agents de conservations.
Je veux bien admettre qu’établir un premier contact soit difficile : mais un peu de naturel, d’originalité et d’habileté à cibler devrait faire le compte.
Anyway, ce genre de recherche du couple à tout prix, ce n’est que l'angoisse qui se met en scène. On conspue la solitude, qui seule permet de savoir qui est-on, ce que l'on veut, où va-t-on. Avec un calme répit sans socialisation, tous le bruit de l'Autre cesse, la bourbe redescend, les eaux redeviennent claires, et on peut lire en soi-même bien plus aisément. Cette sérénité est un véritable appât; les intentions sous-jacentes disparues, les gens seront bien plus enclins à engager une conversation signifiante avec vous. Et peut-être qu'un heureux dénouement en sera le salaire. ***
*Probablement parce que dans les faits, ces ravages sont aussi imaginaires que ce fameux Éternel Féminin.
** Vraiment terrible.
- Madame Poulpe - 20:39
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15.10.08
Flotter dans le vide (pis en estie)
Pourquoi il ne faut pas parler de ce qu'on connaît imparfaitement:
Marc Garneau me suit. Ce qui est incroyable, c'est qu'il s'est jadis planté dans mon originel patelin de ploucs et qu'il soit ensuite élu avec un excellent pointage dans ma patrie d'exil.
L'ancien astronaute reconvertit en politicien a donc eu le mauvais goût supplémentaire de me faire subir sa personne par deux fois.
Qu'entends-je par subir?
Eh bien, premièrement, il est difficile de ne pas grincer de la molaire en lisant ce qui semble une dissert' en 3 arguments rédigée par un cancre de John Abott et constitue, en fait, la vision de mon Candidat Vedette. Pour en reprendre une des locutions aussi rafinées que pure dans son français, ça fait effectivement beaucoup de sens, (voyez comme la signification me transcende!) et il serait dur de débiter des généralités plus banales et moins développées.
Ensuite, je trouve fort indisposant d'entendre de quelqu'un qui a l'anglais plus volontier en bouche que sa langue natale (toutes allusions entendues) , et l'on sentira la profonde portée de ces paroles pleines de réflexions historiques longuement fouillées, que le Québec est quelque chose à chérir et à promouvoir. Fuck la nuit des longs couteaux, le rapport Durham, les standards d'immigration diahrréique de 96: Garneau nous aime, tsé!
Enfin, comme troisième point, et là vraiment cest le pied total, je m'en contorsionne en un petit amas, je m'en implose vers un autre univers, Garneau veut un Canada progressif et fiscalement responsable...
...
Se souvient-il qu'il est un libéral? Messemble qu'à sa place, j'aurais comme, essayé un peu de faire oublier ce petit détail cute-là.
Fiscalement responsable!
Elle est bonne!
C'est vrai que saigner les étudiants comme de duveteux poulets, enregistrer ses pavillons aux bucoliques îles mouk-mouk, surenchérir de mignonnes et dodues commandites, c'est fiscalement responsable en saint cantique! Progressiste, aussi, y'a pas à dire! Ah, et le désiquilibre fiscal c'est comme la fée des dents je suppose?
Le monde de Villeray pogné avec le fils de PET ont bien de quoi se plaindre, mais à libéraux égaux, c'est pas évident de clancher Garneau.
En conclusion, Je me rends compte de mon peu de connaissances politiques; cependant, à ce point-là d'absurditée, pas besoin d'être calée pour être découragée.
Tant qu'à être députisée par des clounes, je pourrais aussi bien m'exiler à Port-Neuf.
- Madame Poulpe - 16:08
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17.9.08
Moments proustiens, I
Dans mon cours d'histoire du théâtre de l'Antiquité au XVIIe. En écoutant discourir sur les Grecs et de la Vertue grecque, l'agôn, je songe aux sévères philosophes de l'époque, Aristote, Platon et compagnie. Ces compères me font dériver aux mathématiciens grecs, les Euclide, Pythagore, Archimèdes... Ces austères compères me rappellent ma propre incompétence en cette science. Cela me remémore le moment où j'ai le plus souffert de cette incompétence, la 4ème et 5ème année du secondaire, où j'étais obligée de suivre des cours de maths fortes. Par association, j'en viens à me rappeller d'un jeune homme K.... V...., qui était sans aucun doute brillant, mais qui se comportait d'une façon éminement méprisante, voir même haineuse à mon égard.
Je n'ai d'ailleurs jamais compris les prémisses de cette haine, outre nos diamétrales oppositions en rapport à certains sujets; j'étais une révoltée, théâtrale dans son discours, isolée par sa singularité. Il était un docte et froid personnage, peu loquace certes mais apprécié de ses congénères pour son intelligence tranchante et un type d'esprit ingénieux mais fort sec.
Son bon souvenir me rappella un incident qui me fut particulièrement pénible et dont les contours me sont à ce jour fort vagues. Je suis, comme d'aucun le sait, légèrement sourde. Je fais souvent répéter les gens et j'abhorre le téléphonne dû à ce léger déficit auditif.
Dans une classe de morale, qui venait de changer de nom pour la énième fois, j'avais fait une inervention qui interrompait peut-être son propre commentaire, mais qui visait à y ajouter, à y renchérir, si je me rappelle correctement.
Il me répondit quelque chose de confus; je demandai "Quoi?". Il répéta, mais j'étais toujours dans l'incompréhension: "Comment?". La troisième fois fut fort claire: "TA GUEULE, Léa!". La classe rit. La professeur, personne légèrement sotte, (que j'ai d'ailleurs croisée quelques années plus tard à une clinique d'expérimentations pharmaceutiques rémunérées), saisissant que cette insolente brimade obtenait l'approbation générale, (je me rappelle son regard sans direction aux yeux ronds, vitreux, alors qu'elle délibérait à savoir si l'action, selon la sanction qu'en faisait la classe, était réprimandable ou non) continua son cours.
L'humiliation fut terrible.
Malgré la chaîne d'idées que j'ai longuement étalée ici, la scène s'est représentée toute de suite dans ma mémoire, j'ai eu à la subir encore une fois.
Je ne dis pas "une deuxième fois", c'est un souvenir assez récurrent...
Mais cette fois-ci, il était empreint d'une force, d'une soudainneté qui m'assommèrent, commotion redoublée par le point auquel il était imprévu.
Devant cette scène mentale, surimposée à l'image du Théâtre de Dionysos projettée sur l'écran, j'ai dû refouler des larmes.
***
(Je ne sais pas si le dévoilement de ce souvenir honteux m'en soulagera.
Beaucoup d'éléments de mon passé me sont douloureux et il me semble que de les ressaser, contrairement à la logique psycho-cognitiviste, ne me les rend pas plus doux ni faciles à supporter.
Comment désammorce-t-on la tristesse de jadis?)
- Madame Poulpe - 16:22
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25.7.08
Cessez de chiâler.
Ah, ça va faire le bitchage. Arrêtez donc de bitcher! Vous êtes justes des bloggueurs, pas des Académiciens! Vous êtes pas donc' tellement plussse beaux et talentueux et intelligents que tout le monde, là! Toujours la petite critique fatiquante, jamais constructive la critique, qui s'engage dans rien, qui ne se compromet pas, qui prend jamais vraiment position, mais qui trouve quand même le moyen de se mettre au-dessus de tous les autres sales plébéiens que nous sommes, êtres d'élite à l'esprit et aux charmes ineffable! Suffit! Stop! Argh! M'tappez sué' nerfs!
L'INTIMISME; sacrez-y donc la paix! Proust, Céline, Beauvoir, Sarraute, Duras, Ducharme, ça vous dit quelque chose? Tsé là, des géants de la littérature, que ça vous plaise ou non? Y'as tu plus fucking intimiste que ça? Non? Bon! Que d'autres escrivailleurs, comme vous en êtes sauf vot'respect, le pratique et puissent manquer de talent, ne change rien à la validité du médium. Estie.
LE BON GOÛT; vous en êtes pas les détenteurs! Non mais je vous en apprends une bonne, là! Vous êtes kitsch aussi! Vos sujets ne sont pas meilleurs parce que pseudo-sophistiqués ou pseudo-hermétiques!
L'ORIGINALITÉ: vous avez rien inventé non plus! Y'a pas grand chose de neuf sous le soleil, particulièrement pas la pédanterie, la prétention, la fatuité et la croyance ingénue et ridicule que vous feriez sans doute mieux que tout le monde et leurs soeurs. Un peu de bonne foi, ça vous dirait pas, des fois?
Croyez-vous donc les gens si imbéciles qu'ils seraient incapables de voir toute la frustration et l'insécurité que masque fort malhabilement votre insupportable vanité? Pensez-vous vraiment que pisser sur la tête des autres vous confèrerait à vous un délicieux et irrésistible arôme? Trouvez-vous ça bien piquant de faire ce que tout le monde fait, soit être convaincu d'être dans le vrai envers et par devant tous les autres braves gens? Hey! Sortez de la bulle! It's not all about you, câlice!
Non, l'univers ne fonctionne pas selon le mode binaire qui consisterait en "Bon = comme vous Versus Mauvais = Pas comme vous."
NON, VOUS N'ÊTES PAS LE SEL DE LA TERRE.
Aaaaaaaaah... *grand soupir de soulagement*
Vous pouvez maintenant reprendre le cours de vos existences.
signé,*
-Le Poulpe énergumène.
*J'y tiens, à mon malapropiste "signé", bon!
** Ce texte comporte une carence en article négatifs (n', ne.)
- Madame Poulpe - 14:55
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18.6.08
Inconforts de groupe, avant-propos
<<...L’intertexte est plein d’inconnus. Tous les mystères sont là. Je sais qu’il y a des clefs, je sais que c’est un préalable de les posséder. Ceux qui en sont démunis doivent se démerder. Ils sont toujours un peu infirmes… Ce sont eux qui ont les yeux fous dans les situations sociales. Souvent, vaincus, ils abaissent le regard en signe de reddition, et fixent un plancher qui ne leur raconte rien.
Ces clés, je ne sais pas si ce sont des apprentissages. En tout cas, ils n’impliquent pas un langage parlé, ou écrit, ou du moins pas comme moyen direct de légation. Ce sont des inférences que les êtres font à partir des effets de leurs gestes sur les autres; avec le reflet-miroir de ces gestes, effets et inférences effectué par tous les pairs, se forment des us et coutumes, des acquis secrets, allant de soi, indéchiffrables parce que sans le chiffre de quiconque, indécodable même si c’est, à proprement parler, un code. Mais ce code ne peut justement être proprement parlé; il ne se trouve consigné nulle part, que dans l’assentiment sourd de tous les participants.
De plus, ces lois, qui régissent la plupart des comportements sociaux et même solitaires, en plus d’être intangibles sont vagues, molles, changeantes, amorphes.
Ce ne sont pas tant ces lois qui sont intéressantes, tant elles sont imprécises et généralement anodines (tant qu’elles ne se solidifient pas en traditions) que le mécanisme, lui ultra-précis, de l’acquisition de ces lois. Il est inouï de constater ce processus, qui se déroule en l’espace de quelques instants seulement, avec une acuité extraordinaire, qui fait douter que ce ne soit qu’un simple comportement d’imitation qui soit en jeu. Ils semblent que les protagonistes, dans la situation A ou émerge un comportement B, perçoivent sensiblement en quoi consiste ledit comportement B, sans qu’il ne soit besoin d’explicitation aucune. Ce qui est encore plus sensationnel, c’est que malgré la grande précision avec laquelle se fait ce calibrage de chaque individu lors de l’émergence d’un comportement de groupe, c’est que ce calibrage n’est pas consciemment vécu par l’individu, à moins que ce dernier éprouve justement des difficultés dans les interactions sociales.
C’est la plus ou moins grande précision de cette calibration, dicté par un instinct sans doute fait d’inférences longtemps justes et non contredites, qui fait le succès social. L’individu doué sait s’adapter à n’importe quel groupe, à moins d’un trop grand écart culturel ou contextuel. Même étant donné un tel écart, il saura ne pas se faire hostile, bref, ne pas commettre de gaffes.
C’est un des phénomènes sociaux de ma connaissance qui me semble le plus fascinant. La calibration éternelle des uns aux autres, passant dans une communication sans langage lui étant spécifiquement dédié.>>
-Professeur Poulpe dans Discours égarés aux gens indifférents
- Madame Poulpe - 00:29
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