Dans mon cours d'histoire du théâtre de l'Antiquité au XVIIe. En écoutant discourir sur les Grecs et de la Vertue grecque, l'agôn, je songe aux sévères philosophes de l'époque, Aristote, Platon et compagnie. Ces compères me font dériver aux mathématiciens grecs, les Euclide, Pythagore, Archimèdes... Ces austères compères me rappellent ma propre incompétence en cette science. Cela me remémore le moment où j'ai le plus souffert de cette incompétence, la 4ème et 5ème année du secondaire, où j'étais obligée de suivre des cours de maths fortes. Par association, j'en viens à me rappeller d'un jeune homme K.... V...., qui était sans aucun doute brillant, mais qui se comportait d'une façon éminement méprisante, voir même haineuse à mon égard.
Je n'ai d'ailleurs jamais compris les prémisses de cette haine, outre nos diamétrales oppositions en rapport à certains sujets; j'étais une révoltée, théâtrale dans son discours, isolée par sa singularité. Il était un docte et froid personnage, peu loquace certes mais apprécié de ses congénères pour son intelligence tranchante et un type d'esprit ingénieux mais fort sec.
Son bon souvenir me rappella un incident qui me fut particulièrement pénible et dont les contours me sont à ce jour fort vagues. Je suis, comme d'aucun le sait, légèrement sourde. Je fais souvent répéter les gens et j'abhorre le téléphonne dû à ce léger déficit auditif.
Dans une classe de morale, qui venait de changer de nom pour la énième fois, j'avais fait une inervention qui interrompait peut-être son propre commentaire, mais qui visait à y ajouter, à y renchérir, si je me rappelle correctement.
Il me répondit quelque chose de confus; je demandai "Quoi?". Il répéta, mais j'étais toujours dans l'incompréhension: "Comment?". La troisième fois fut fort claire: "TA GUEULE, Léa!". La classe rit. La professeur, personne légèrement sotte, (que j'ai d'ailleurs croisée quelques années plus tard à une clinique d'expérimentations pharmaceutiques rémunérées), saisissant que cette insolente brimade obtenait l'approbation générale, (je me rappelle son regard sans direction aux yeux ronds, vitreux, alors qu'elle délibérait à savoir si l'action, selon la sanction qu'en faisait la classe, était réprimandable ou non) continua son cours.
L'humiliation fut terrible.
Malgré la chaîne d'idées que j'ai longuement étalée ici, la scène s'est représentée toute de suite dans ma mémoire, j'ai eu à la subir encore une fois.
Je ne dis pas "une deuxième fois", c'est un souvenir assez récurrent...
Mais cette fois-ci, il était empreint d'une force, d'une soudainneté qui m'assommèrent, commotion redoublée par le point auquel il était imprévu.
Devant cette scène mentale, surimposée à l'image du Théâtre de Dionysos projettée sur l'écran, j'ai dû refouler des larmes.
***
(Je ne sais pas si le dévoilement de ce souvenir honteux m'en soulagera.
Beaucoup d'éléments de mon passé me sont douloureux et il me semble que de les ressaser, contrairement à la logique psycho-cognitiviste, ne me les rend pas plus doux ni faciles à supporter.
Comment désammorce-t-on la tristesse de jadis?)
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17.9.08
Moments proustiens, I
- Madame Poulpe - 16:22
Libellés :
inconforts de groupe,
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vie universitaire
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